![]() |
|
Beckett et les hantises
d’un autre monde : |
| Eric
Benoit |
| Symétriquement
à la « cloison » interne entre « le dedans
» et « le dehors », cloison poreuse et
réversible à laquelle s’identifie la voix de L’Innommable, la parole
beckettienne s’affronte à la limite externe qui la sépare
d’un improbable « autre monde » (Comment c’est), d’une transcendance
dont elle dit simultanément la nostalgie et
l’impossibilité. Depuis le « processus purgatorial »
infini de Belacqua jusqu’aux paradoxes des Mirlitonnades murmurées au
seuil de la mort, et en passant par toutes les attentes plus ou moins
désespérées d’un Salut douteux ou d’un Dieu
incertain, l’être beckettien se vit (ou se meurt) dans la tension
asymptotique, sans terme, vers un au-delà aussitôt
nié qu’asserté. Cette frontière de l’autre monde s’avère elle aussi perméable dans la récurrence de ce questionnement beckettien : la voix provient-elle des profondeurs de l’intériorité, ou de l’extériorité absolue d’un au-delà ? L’œuvre de Beckett est d’ailleurs parcourue de figures d’intermédiaires entre les deux mondes (l’enfant messager de Godot, Gaber messager de Youdi), sans que jamais le statut de l’autre monde perde son caractère de virtualité (virtualité qui est redoublée, au théâtre, par les interrogations sur l’ailleurs de l’espace scénique). La parole littéraire beckettienne s’ouvre ainsi au discours non seulement philosophique mais plus spécifiquement théologique, poussant à ses extrêmes limites les paradoxes d’une théologie négative (et d’une ontologie négative) : apophase où cela même qui ne peut être dit (au plus profond du sujet ou au plus loin de l’ailleurs) est tout à la fois ce qui force à dire et ce qui empêche de dire. La gravité de ce double bind est cependant minée par un humour ravageur qui en dégonfle le pathos. L’intertextualité théologique, tôt intériorisée dans l’œuvre de Beckett, y apparaît comme un discours inévacuable de la parole humaine en même temps que subverti et neutralisé par les procédures de renversement parodique. Il me faudra donc étudier aussi les modalités formelles de cette insertion du théologique dans l’œuvre littéraire : questions, citations, allusions, réécritures, personnages, symboles, parodie et ironie. |
| University
Bordeaux 3, Department of french literature |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |