Mais quelle est cette voix ?

Bruno Clément
Je me propose de reprendre cette question que Maurice Blanchot (dans L’Entretien infini, 1969) posait à propos de Comment c’est et d’en étendre la portée, comme d’ailleurs il le fait aussi, à l’ensemble de l’œuvre de Beckett.

Il me semble que la voix est, avec l’image, l’une des deux figures essentielles de l’œuvre de Beckett. J’essaierai, en retraçant un parcours plus ou moins chronologique, de Watt aux dernières pièces pour la télévision, d’évaluer à partir de la question de Blanchot la place et l’importance de la figure dans cette œuvre qui semble les tenir en si piètre estime. L’hypothèse que j’explorerai est que Beckett affronte, avec la voix, la figure irréductible. Et que son œuvre cherche, avec elle, à dire quelque chose du dédoublement (car la voix n’est jamais seule, qu’elle se fait entendre à un narrateur qui lui-même s’exprime) inhérent à toute production esthétique, peut-être même à toute parole. Cette exigence est poussée si loin par Beckett que la voix finit, dans certaines œuvres, par conquérir une sorte d’autonomie (dans les œuvres pour la radio, par exemple). ce qui certes invite à voir en cette œuvre une singularité incontestable.

Il n’est pas sûr pourtant que Beckett rencontre seul, à l’époque où il produit son œuvre essentielle, cette question de la voix. Des œuvres aussi différentes entre elles que celles de Blanchot, de Foucault, de Levinas, de Lacan, de Sarraute, proposent des versions tout à fait autres du dédoublement. La littérature ne joue pas ici la même partie que la philosophie. Beckett m’aidera à penser une nouvelle fois cette indécise frontière.

Université Paris 8
Borderless Beckett:
International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006
September 29 – October 1