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Pour un
théâtre phénoménologique : un modèle
archétypal de réalité virtuelle dans le
théâtre court de Samuel Beckett |
| Liviu Dospinescu |
| Nous
proposons une réflexion sur les stratégies de
l’écriture textuelle et scénique de Samuel Beckett dans
ses pièces courtes, mises en scène par l’auteur
lui-même à la télévision allemande Suddeutsche Rundfunk. Dans une
approche phénoménologique, puisque le minimalisme
beckettien est en fin de compte une
réduction phénoménologique des figures
théâtrales, nous montrerons comment le symbolique s’efface
dans ce théâtre à cause de l’indéfinition des figures
scéniques, pourtant déterminées
dans des formes proches de ce que traditionnellement l’on
entend par personnage, objet scénique, décor, espace,
temps, etc. Par exemple, bien qu’un personnage soit déterminé par la
présence du performeur en scène, il n’y a rien qui puisse
le définir de sorte
à l’ancrer dans un contexte symbolique
ou idéologique quelconque. L’effacement du symbolique est une
manière de libérer la figure scénique de toute
adhérence sémiotique, forçant ainsi un retour du
signe à sa nature première,
à un état de performativité
ou de présence (par
opposition à la représentation
qui comprend, elle, la couche symbolique). C’est à travers cet effet de présence que la théâtralité, c’est-à-dire le clivage entre espace-temps du jeu et espace-temps du spectateur, se dissout. La conséquence est l’absorption du spectateur dans l’espace de jeu et le transfert d’un vécu dont l’univers de la scène beckettienne est la simulation, comme dans un modèle archétypal de réalité virtuelle dont l’« utilisateur » est ici le spectateur. Le spectateur ainsi devenu spectacteur expérimente l’univers scénique comme s’il s’agissait de son propre vécu, dans son temps et espace. Le transfert de l’expérience, du plan virtuel de la scène au plan actuel du vécu du spectateur, se fait à travers une stratégie, repérable aussi bien dans le texte que dans les mises en scène de Beckett, liée précisément à l’effacement du sémiotique censé bloquer les capacités interprétatives du spectateur. Il s’agit donc aussi d’un transfert de la réduction phénoménologique opérée par l’auteur/ metteur en scène. Ainsi, la réduction phénoménologique, correspondant par ailleurs au « minimalisme » de l’oeuvre, existe aussi chez le spectateur. Culturellement ou naturellement, celui-ci a tendance à remplir les « vides » de la scène lorsque l’information « minimale » déjà donnée ne suffit pas à configurer une signification. Seulement, ici, toute tentative de reconstruire un univers de représentation, ne serait-ce que mental, imaginaire, est réduite à néant par une stratégie phénoménologique « génétiquement » inscrite dans le théâtre de Beckett, comme nous allons le démontrer à travers nos analyses. |
| UQAM
- University of Quebec in Montréal |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |