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A la limite… |
| Evelyne
Grossman |
| « Car il n’avait souvenance
d’aucun pré du cœur même duquel nulle limite
n’était visible mais d’où toujours en vue quelque part une fin quelconque telle une clôture ou autre manière de borne à ne pas dépasser ». Stirrings Still (Soubresauts, Minuit, 1989, p. 20; je souligne) On pourrait partir de cette citation extraite de That Time (1974) : « cette dernière fois où tu as essayé et n’a pas pu […] plus moyen plus de mots pour contenir le vide » (Cette fois, traduit de l’anglais par Beckett, Minuit, 1978, p. 23 ; je souligne). Question : que peut bien signifier « contenir le vide » ? Au moins deux choses sur lesquelles le français (et Beckett) joue : - les mots parlent à la place du vide, le remplissent. (« contenir » au sens de réprimer, retenir). - les mots englobent le vide, l’enferment en eux. Indistinctement et de façon non contradictoire, les mots sont à l’intérieur du vide et le vide est à l’intérieur des mots. Ils le remplissent comme il les remplit. C’est cette topologie paradoxale, à la limite de la folie, que je voudrais interroger chez Samuel Beckett et singulièrement dans ses textes brefs, « minimalistes », de la fin. Renversant toute notion de contenu et de contenant, de dehors et de dedans, de clôture et d’ouverture, ils invitent à écrire l’infini, à explorer ce que le philosophe Emmanuel Lévinas appelait (à propos de Blanchot) «un « séjour sans lieu ». C’est ainsi que la restriction du cadre et de l’espace, la structure d’enfermement et l’exploration de l’infime s’offrent au débordement. Si le fait moderne, comme le suggère Deleuze, est bien l’inclusion du dehors dans le monde et non au-delà, outre-monde, il est possible que les topologies folles de Beckett tentent d’inventer l’écriture d’une autre forme (athée ? sacrée ?) d’infini. |
| Université Paris VII |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |