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Beckett sans
frontière : foyer de l'angoisse et image de soi, voyage vers
l'autre |
| Seung-eok
Han |
| L'oeuvre
de Beckett est une oeuvre d'être seul, un drame de solitaire, en
dehors des chemins battus, il s'efforce de s'aventurer jusque dans
l'exploration des zones obscures de la conscience et du langage. Il
s'agit de refuser délibérément toute concession.
Elle évoque sa vie dramatique et sa crise
intérieure dans la conscience de son existence même contre
la condition humaine. Puisque cette catastrophie négative
étant inéluctable et interminable à la fois, elle
constitue la condition même de l'homme et appartient ainsi
à l'ordre du destin. Mais le théâtre de Beckett
exprime aussi l'affrontement de l'homme avec son destin et en offre une
image symbolique. L'homme est réduit à un monologue incessant qui instaure le silence profond, c'est son cri du silence intérieur, nommé l'Innommable. Cela ne cesse en même temps de se dérober à l'indication circonstancielle précise (décor, jeu, parole théâtrale), à la suggestion d'interprétation, pour se faire énigme sur laquelle la parole ne peut avoir de prise, et pourtant on continue de parler, pour faire durer la seule possibilité de parler. Quand son indication scénique est parfois scandale logique en distorsion avec le dialogue. C'est l'ultime mystique d'En attendant Godot qui est avant tout une pièce de théâtre destinée à être mise en scène, et ce d'autant plus que sa structure dramatique comme son langage s'articulent autour de renversements de perspectives. Tel est le tragique de l'homme, pris entre la nécessité et l'absurde fatal de sa parole. En effet le tragique est le propre de sa conception de l'existence et du monde. En ce sens, le tragique de l'attente, de la durée et de son vide inépuisable est le ressort profond de son théâtre. C'est la raison pour laquelle on s'intéressera au paradoxe de la représentation du "silence" et du "vide" qui sont étroitement liés à la spiritualité extrême-orientale, dont nous parlerons. Dans l'esprit dramatique de Beckett, l'homme se découvre, en quelque sorte, incapable de communiquer avec les autres, qui se posent jusqu'à l'exaspération. Il s'agit là d'offrir son propre miroir, car le théâtre veut représenter la réalité la plus révélatrice du monde et de l'homme. Il lui est donc nécessaire de s'exprimer dans son langage qu'il se détruit pour se mieux connaître. Il ne se connaît que pour constater qu'il n'est rien. Cependant, ce miroir est nécessairement déformant puisque l'art est une vérité Introuvable. A partir de Godot, Beckett découvre dans ce théâtre de l'absence ou, plutôt, de l'incapacité humaine de toute présence, son mode d'une existence scénique réduite à la parole. Effectivement, seule la parole permet l'existence scénique des personnages, et le ressort dramatique est dans ce conflit ou dans cette contradiction entre la présence de la parole et l'absence de l'être. Ainsi Beckett met en scène une humanité sans frontière, sans cause et sans effets, dont la parole se maintient au-delà même de la mort. Cela participe à la présentation de l'image de soi, soumise à ce titre à la perception de l'autre, et dessinant par là même le moi existentiel. C'est à cette expérience et à cette vision que vise l'intériorité profonde de son oeuvre. |
| Keimyung
University |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |