L’attente dans le théâtre de Beckett

Ahmad Kamyabi Mask

L’Homme en proie aux désastres permanents ne peut pas vivre sans espoir, et avoir de l’espoir signifie attendre. Depuis toujours dans toutes les sociétés, l’Homme attend une figure anthropomorphique masculine. C’est toujours un homme, (et non une femme), qu’il attend. Dans les sociétés patriarcales, on présente ce sauveur sous des noms différents selon les cultures… il s’appelle : Souchiante, Bouddha, Messie, Mahdi… Chacun a sa légende, et ils sont tous présents au cœur de l’histoire humaine. C’est cet homme attendu qui apportera un message que l’âme croit entendre en permanence par la voix de Dieu, message qui lui apporte la certitude dans le doute, l’optimisme dans la crainte, le repos dans l’angoisse perpétuelle : le seul signe permanent, porteur de confiance et d’espoir.

En Occident, avant la Révolution industrielle, quand  l’Homme n’avait pas encore créé la machine, il attendait vraiment quelqu’un, mais en notre époque de fer, de guerres et de la conquête de l’espace, qu’attend-il ? Les peuples qui ne fabriquent pas leurs propres armes pour se défendre, continuent à attendre et espère qu’un jour quelqu’un vienne les sauver. Mais cela, c’est la réaction des foules. De temps en temps des cris d’un penseur surgissent au milieu des foules en attente : ‘prenez conscience de votre attente… Attention, qui attendez-vous ? Est-ce qu’il viendra ? Vous êtes-vous posé la question ?’ Et Beckett est l’un de ces penseurs.

 Beckett se pose  la question, il met en scène des vagabonds, des incapables, des pauvres sans domiciles fixe, affamés et assoiffés qui a pour tout une vie et existence, un espoir : arrivé de Godot, Godot inconnu pour eux et qui "ne viendra pas aujourd’hui mais viendra peut-être demain."

D’autres personnages de Beckett dans La fin de partie, Oh ! Les beaux jours, Dernière bande, Va et vient et d’autres textes  attendent. Ils attendent les derniers moments de la libération totale, leur mort. Et ces textes ne sont que des rappelles de souvenirs pour remplir leurs derniers moments. Ils ne sont pas désespérés, si non ils se suicident, ils ont accepté leur condition humaine et ils n’attendent que la fin.

Le monde de Beckett est un monde particulièrement statique, dépourvu dynamique : c’est l’ambiance  de l’attente. Les personnages  de Beckett sont des êtres dégradés, physiquement incapables ; leur comportement caractéristique est d’attendre.

Les mots clés : attente, Godot, la mort, l’espoir, condition humaine.

Professeur de théâtre à la faculté d’art dramatique et de la musique à l’Université de Téhéran

Borderless Beckett:
International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006
September 29 – October 1