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| Samuel Beckett : une écriture aporétique |
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Natália
Laranjinha |
| L’analyse de l’œuvre de
Beckett à partir de références philosophiques est
une tentation irrésistible, puisque ses textes s’y prêtent
d’une manière si propice. L’analyse des écrits de Beckett
à partir de la philosophie ne prétend pas les enfermer
dans un système, mais essayer d'éclairer leurs
procédés et leurs préoccupations. Ce que l’on
constate c'est que l’oeuvre de Beckett est très riche dans ses
croisements avec les soucis de différentes philosophies,
et que l'étude des rapports entre la philosophie et la
littérature permet sans doute un parcours enrichissant. Beckett formule une « esthétique de l’échec » qui invite le lecteur à faire l’expérience de la défaite. L’échec est construit de plusieurs manières, l’une d’elle est similaire à la diaporématique qu’Aristote applique à la Métaphysique. Il expose 14 apories dans le livre B de la Métaphysique qui seront discutées dans les chapitres qui suivent. La diaporématique consiste dans la mise en présence d’une thèse et d’une antithèse; cette méthode est intimement liée chez Aristote à sa dialectique. Dans le cas de Beckett, la méthode peut se comprendre comme le choix qu’il fait pour construire et développer son discours, et, ce choix est une sorte de diaporématique. Elle permet l’exposition des problèmes qui, par leur nature, sont difficiles à résoudre. Maintenir une situation aporétique serait, bien entendu, pour Aristote renoncer à la métaphysique, alors l’euporia surgit, la libération de l’homme enchaîné par ses apories. Beckett refuse cette libération, puisque « l’esthétique de l’échec » ne peut permettre une résolution. Prenons un exemple de L’Innommable: “qui parle ?” à cette question l’Innommable répond que c’est lui, puis, que ce n’est pas lui mais un (des) autre (s). Ce qui mène à une autre aporie “je suis seul” et “je ne suis pas seul”; et à nouveau une autre surgit: “je parle” mais “je ne peux pas parler”. Nous trouvons une succession d’apories enchaînées les unes aux autres. L’aporie se constitue par l’impasse et l’incertitude: c’est l’impossibilité de décider, puisque aussi bien une affirmation que l’autre est plausible, ce qui laisse le personnage dans l’irrésolu et le lecteur dans l’incertitude. Elle a une structure binaire qui est la structure favorite des romans de Beckett, puisque le nombre deux est celui du dédoublement et de la lutte des opposés. |
| University Dom Afonso III - Comparative Literature Department |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |