Les points de vue de Sirius dans L’Innommable et Textes pour rien
      Izumi Nishimura
Dans L’Innommable et Textes pour rien, la tendance à l’absence de personnage concret  et à la plurarité des sujets apparaît plus forte que dans les œuvres précédentes. A cause de l’ambiguité des noms et des caractères, de nombreux critiques considèrent que ces ouvrages sont tombés dans une impasse romanesque. Certes, le narrateur de ces œuvres est une simple tête / boule qui ne possède ni nom propre, ni corps, mais cet état ne signifie pas le tarissement de l’imagination de l’auteur. Bien au contraire, d’après la comparaison des différentes versions, il apparaît que Beckett cherchait de nouveaux moyens de création en subvertissant la notion de personnage dans son microcosme romanesque. Malgré la simplicité de son apparence, la tête/boule contient une énergie concentrée et fluide comme celle d’un œuf, symbole de la potentialité. Comme nous le constatons dans les expressions : 《 l’œil se fait tirer l’oreille 》, 《 mes yeux ma bouche 》, 《 son anus la bouche 》, chaque organe est interchangeable. Les deux trous creusés dans cette boule laissent couler un liquide qui symbolise les mots dans le microcosme. Les mots pour Beckett sont justement comme le liquide qui déborde naturellement des trous : ils n’ont rien à voir avec sa volonté. C’est pourquoi, il répète la même expression : 《 ce sont des mots 》à la fin de L’Innommable. En répétant des termes comme : 《 peut-être 》, 《 comment dire 》 ou 《 je ne sais pas 》, il dénie la force intrinsèque des mots et leurs significations pour affirmer son indifférence vis-à-vis de l’ordre établi. Le texte beckettien est, comme le dit Kristeva, un dispositif qui épuise les ideologies. Les personnages ne sont pas assimilables à un sujet visible et idéologique ; entre les écritures-réécritures, ce qui apparaît est état mouvant de l’esprit. Comme l’《 homme du sous-sol 》 analysé par Bakhtine, les sujets beckettien n’ont aucun but, aucune personnalité, mais ils ont une intense capacité d’imagination introspective. Grâce à laquelle, Beckett parvient à extérioriser un sujet hypothétique et à observer sa conscience intérieure du point de vue de Sirius. Dès que Beckett quitte la primo-rédaction en langue maternelle, il ajoute de plus en plus d’expressions expérimentales et de réécritures. Cette tendance nous indique qu’il s’emancipe de plus libre de son identité a priori . Nous devons donc penser L’Innommable et Textes pour rien comme étant transformables et réversibles. C’est un processus de multiplication des possibilités de dialogues entre les sujets et les écritures.

Aiwa University
Borderless Beckett:
International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006
September 29 – October 1