![]() |
| Actes sans paroles et langage sans théâtre |
| Manako Ono |
| Les praticiens du
théâtre appellent didascalies un ensemble de textes, le
plus souvent brefs, qui regroupent à la fois les indications
concernant les jeux de scène, le décor et l’action, et
celles qui règlent par exemple l’attibution des répliques
entre les différents personnages. Parfois réduits
à un simple mot, ces énoncés peuvent aussi
être développées en véritables et
précises descriptions, très proches de celles qu’ont
trouverait dans des textes narratifs de fiction. Chez Beckett, ce
caractère “romanesque” des didascalies est parfois
extrêmement frappant. Pourtant, le statut narratif de tels textes demeure ambigu. Au contraire d’un récit de pure fiction, dont le référent imaginaire n’existe qu’en lui-même, le texte didascalique reste en effet partiellement soumis à la vraisemblance de la scène, vers laquelle il est tendu dans un projet de réalisation, fût-il lui-même imaginaire. Ce phénomène produit alors une temporalité double. D’une part la lecture s’établit dans un temps particulier, linéaire : celui de la succession des signifiants selon l’ordre de la syntaxe ; mais d’autre part, ces informations prétendent rendre compte d’une action “réelle”, dont le déroulement met en jeu un tout autre rapport à l’espace, à la durée et aux sens. Certes, c’est ainsi qu’opère tout récit vis-à-vis de l’action qu’il raconte : mais le théâtre donne à cette action une forme d’autant plus contraignante qu’elle est fondée sur la coexistence des événements “réels” avec ceux du langage. Pour essayer de résoudre quelques-unes des questions posées par un tel paradoxe, je me propose d’étudier certains des textes dramatiques de Beckett dans lesquels l’action théâtrale se propose en quelque sorte en l’absence du langage : de sorte que leur forme écrite se présente comme entièrement transposable et telle qu’il ne doive rien en rester dans une éventuelle réalisation. De ce “reste” refusé, et de son éventuelle irréductibilité, les Actes sans paroles serviront à tenter d’établir la nature et les propriétés, par comparaison avec d’autres ouvrages d’une forme moins radicalement muette. J’espère ainsi pouvoir dégager un certain nombre de considérations sur le temps tel qu’il prend forme dans les pièces de théâtre de Samuel Beckett. |
| Gakushuin University |
| Borderless
Beckett: International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006 September 29 – October 1 |