Le Paradoxe de l’impasse : Beckett et le zen, l’analogie d’un état d’esprit

Wanrug Suwanwattana
Devant les personnages beckettiens en proie à un état de l’entre-deux –entre immobilité et mobilité, entre s’arrêter et avancer, entre silence et parole, entre mort  et vie –, le zen, religion et philosophie bouddhique de vie, peut nous servir comme approche intéressante pour aider à creuser ce dilemme ontologique chez Beckett en proposant de lire Beckett avec un nouveau « regard » et un nouveau « esprit ».

Dans ses oeuvres, on sent une tension, une réflexion philosophique, presque spirituelle exprimée à travers aussi bien les paroles que les silences innombrables, et aussi à travers les différentes formes littéraires et esthétiques. Le même questionnement revient sans cesse tandis que des manières s’alternent toute une vie. Le vide et le néant semblent être désirés mais y parvenir est encore dubitatif et incertain. De nombreux « cris » sont là pour témoigner une souffrance inhérente et, en même temps, pour s’injurier contre ce sort de l’humanité pour peut-être au moins essayer de trouver une issue. Aucun auteur n’a jamais montré l’homme nu, sans aucun apparat de la même façon que cet auteur irlandais. Et cette vision est montrée par le Bouddha à l’antipode de l’Occident.

Je propose dans cette  communication d’étudier les oeuvres de Beckett avec la lumière du zen en se concentrant sur la question du paradoxe ontologique, de l’impasse existentielle, d’une écriture de l’essentiel. Le « Grand Doute », moment de réflexion et d’extrême tension spirituelle chez le disciple zen avant le « Grand Saut » dans le vide qu’est le « satori » sera mis en relation avec l’état d’esprit des personnages de Beckett aux extrêmes confins de « la falaise ».[1] Ce que je nomme « une écriture de l’essentiel », notamment dans les derniers écrits courts de Beckett, illustrera « ce qui reste » au terme de cette lutte ontologique. À la fin de cette réflexion,  la vraie question situerait peut-être dans « ce qui manque », ce qui ne peut être dit, ni atteint, au « point blanc perdu dans la blancheur »,[2] au « centre inatteignable» du point E.[3]
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[1] « Je suis face à une falaise et il me faut avancer. C’est impossible n’est-ce pas. Pourtant, on peut avancer. Gagner quelques misérables millimètres… » Propos de Beckett recueilli par Charles Juliet, Rencontres avec Samuel Beckett, Paris, P.O.L, 1999, p. 21.
[2]  L’Innommable, Paris, Éditions de Mininuit, 2002, p. 57
[3] Ce point E se trouve dans Quad.

Ph.D. candidate, Université Paris IV-Sorbonne, Ecole doctorale de littérature française et comparée
Borderless Beckett:
International Samuel Beckett Symposium in Tokyo 2006
September 29 – October 1